Prendre un vol Montréal-Paris pour son art.
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Il y a des décisions que la logique pure rejette instantanément, mais que l’instinct valide dans un grand éclat de rire. Prendre un vol Montréal-Paris sur un coup de tête, traverser l’Atlantique avec ma femme et mon fils de dix ans dans le seul but de fixer du regard un concept automobile, fait définitivement partie de cette seconde catégorie.
Pour le designer rationnel, c’est un déplacement absurde. Pour l'artiste, c’est une nécessité absolue.
Le moment où j'ai enfin posé les yeux sur le véhicule a provoqué une heureuse sensation d’euphorie. Découvrir la voiture non pas comme un objet, mais comme un canevas en trois dimensions sur lequel mon œuvre s'était réellement appliquée, change tout. Voir les formes, les couleurs et surtout ce jeu sur l'asymétrie — qui est le véritable moteur de ma démarche artistique —, non plus sous forme de rendu 3D, mais frappé par la lumière changeante de l'Île-de-France, prend alors tout son sens. En effleurant la carrosserie, la boucle s'est enfin bouclée. Ce voyage "contre toute logique" a trouvé sa justification la plus pure : donner un corps à l'idée.
Le virtuel est parfait, mais le réel est vibrant.





Mais ce corps est fragile. Cette Micra est, par nature, une œuvre éphémère. Elle n'est pas conçue pour traverser les siècles, mais pour capturer l'esprit d'un instant. Bientôt, les projecteurs s'éteindront, la voiture sera malheureusement détruite, et cette forme tangible retournera au néant. Savoir que cette incarnation physique n'était que de passage rendait chaque seconde passée devant elle encore plus précieuse : je suis venu offrir un témoin et une mémoire à une création vouée à disparaître.
Je suis maintenant de retour à Montréal. La Micra est restée là-bas pour achever sa courte vie sous les projecteurs, tandis que je retourne à mes formes et mes couleurs. Mais dans un coin de ma tête, je saurai qu'une partie de mon imaginaire s'est ancrée, même temporairement, de l'autre côté de l'océan. Preuve que parfois, la plus belle ligne droite entre un concept et sa réalité est un détour de six mille kilomètres.


